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written by: Didier Goudeseune (7.13.2004)
Suite au niveau de reconnaissance publique auquel sont arrivées certaines formations de post-rock instrumental atmosphérique ( de Mogwai à Godpseed You Black Emperor, de Explosions in the Sky à Tarentel, en passant par Migala ou Mono), se sont engouffrés dans le genre une foule de musiciens nayant pas forcément les pré-requis pour engendrer quelque chose dinoubliable.
Il devient par conséquent beaucoup plus difficile de dénicher la perle rare, mais il semble que cette fois-ci, ce soit bel et bien gagné. This is a process of a still life sort très nettement du lot. Pas que la formation apporte quelque chose dirrémédiablement nouveau, car les cinq membres ne défrichent rien de nouveau, non. Cest surtout que les mélodies sont belles, les compositions sincères et subtiles, plus orientées sur un climat chanson quune quelconque volonté de performance.
This is a process of a still life offre donc en trente-cinq minutes une musique terriblement belle mais surtout à échelle humaine, sans systématisme, sans murs du son, avec beaucoup de sincérité et peu de procédés. On sent que si le groupe joue ce style de musique cest que cest vraiment leur truc, pas un choix facile. Il suffit dailleurs de visiter leur site pour rester scotché sur le design et la puissance évocatrice formidable des images choisies pour illustrer leur musique.
Sil faut relier ce groupe de Missoula dans le Montana, formé au printemps 2003, à une famille en particulier, ce sera à celle du label Temporary Residence, plus particulièrement à Sonna, Tarentel et aux passages les plus apaisés de Explosions in the Sky. Mais rien de dérivatif en cela, This is a process of a still life est du même niveau, peut tutoyer ses pairs sans complexes aucun.
Cest pourtant avec méfiance quon entre dans ce disque car on connaît ces sons par cur, pourtant après une écoute ou deux on finit vaincu par la subtilité, la chaleur et le pouvoir de séduction de certaines de leurs mélodies. Car en fin de compte, avant toutes choses, ce quécrit le groupe, ce sont des chansons. Et puis on oublie peut-être une chose, venir après dautres ça permet aussi déviter de faire les mêmes erreurs. A ce petit jeu-là, This is a process of a still life en profite bien car ce début a des allures de sans faute.
Oh god, the lights are going dim souvre sur un rythme métronomique quil ne quittera plus, où les guitares viennent dessiner des entrelacs classiquement post-rock, à la Tristeza/Dianogah. Cest rudement bien fait même si très classique dans le genre et si ce côté répétitif enferme le morceau dans une boucle. Mais tout ceci est vite oublié lorsque savance la pièce maîtresse de lalbum, le fantastique No memory of the airshow. La montée en puissance classique, sauf que le quintette ne se répand jamais dans un déluge sonore, maintenant lintensité pour en révéler toute lintensité lumineuse tout en déjouant le trop-plein de tension dans des structures élaborées, comme autant de fontaines jaillissantes et cristallines pour gérer le débit. This is a process of a still life touche ici au chef-duvre. Ils sont loin dêtre les premiers à sattaquer à un morceau épique du genre, mais leur interprétation sort largement du lot. Avec ses huit minutes, cette chanson sécoute en boucle à nen plus finir, entre apesanteur, état de grâce, bouffées doxygène pur et euphorie hébétée de lumière.
Suivent les très beaux Pretty is predictable et Cross my heart, hope you die, tout en mélancolie et tension, qui ont plus à voir avec des groupes post-emo inscrits dans le sillage du slowcore, comme The Player Piano et American Football, quavec les bataillons de formations post-rock instrumentales. The things we learned about neptune évoque des roses qui éclosent sous la rosée du matin, des oiseaux qui filent à toute allure dans une vallée verte dont les cimes sont capturées dans des nuages de brume. Lhumidité est élevée et des nuages de vapeurs dansent à proximité des passages les plus torrentueux de la rivière comme autant de nymphes sylvestres.
Une contemplation nocturne du ciel avec Skywriting over virginia, les étoiles, galaxies, planètes et constellations, satellites, avions long-courriers, le magnétisme, les oiseaux et papillons de nuits, les chauves-souris, les communications grandes ondes, le chant des cigales et le magnétisme terrestre.
Des nappes sourdes et atmosphériques, des drones ouvrent la voie de Things/cells/beings plage terminale de ce premier album où le sommeil saisit le promeneur solitaire observant le ciel, qui devient dès lors lui-même avion, traversant la voie lactée, puis les guitares et la rythmique débarquent, discutant éther et apesanteur avec Labradford et Sonna. A défaut dapporter quoi que ce soit de neuf, This is a process of a still life est une fois de plus terriblement beau, maîtrisé et texturé à merveilles.
Un époustouflant album de post-rock instrumental au total.